Date de Sortie : 17 Juillet 2020

Disponible sur :  PS4

Quel garçon n’a pas brandi un bâton comme sa plus belle épée ? Qu’elle soit la légendaire Excalibur du roi Arthur ou le sabre d’abordage de Barbe Noire, on a tous voulu fendre l’air, peu importe l’univers dans lequel on était plongé. Mais plus tard lorsque l’on découvre le cinéma asiatique et notamment les films d’Akira Kurosawa dont le plus connu « les 7 samouraïs », l’ambition de l’enfance n’est plus la même, on rêve d’apprendre l’art du Kenjutsu parce que le Katana donne une sensation de prestance et de pouvoir. Avec Ghost of Tsuhima, Sony a frappé fort en faisant confiance au studio Sucker Punch et a secoué le monde du jeu vidéo avec cette nouvelle licence rafraîchissante qui sent bon le thé et la fleur de cerisier…

 

Avant la tempête, cheminant vers l’incertain, une force intérieure.

 

Au cœur du XIIIe siècle, l’île de Tsushima située entre la mer du Japon et la mer de Chine, de la Corée du Sud et de l’Archipel nippon était de par sa situation géographique, la convoitise d’invasions pour le commerce entre autres. Ainsi, dans la peau de Jin Sakai, seul héritier du clan Sakai et affilié au seigneur de l’île, nous débutons l’histoire sur une bataille sans merci contre les envahisseurs Mongols dirigés par le général sanguinaire Kothun Khan qui n’hésitera pas à sacrifier ses hommes pour arriver à ses fins: contrôler l’île et sa population. Malgré la vaillance des samouraïs, la défaite se fait sentir, l’oncle de Jin et seigneur de l’île est prisonnier et Jin est laissé pour mort sur le champ de bataille. Mais sauvé et soigné par une voleuse du nom de Yuna, il récupère de ses blessures et après avoir récupéré son équipement dont son précieux katana, héritage de son clan, il devra se chercher des alliés et se renforcer pour avoir une chance d’extirper son oncle des griffes de l’infâme Kothun Khan qui occupe le château Kaneda. 

 

 

 

L’enjeu est de taille pour Jin et la tâche ne sera pas facile, d’autant plus en respectant la voie du Samouraï, le Bushido. En réalité, le code se nomme buke-shô-hatto (武家諸法度), littéralement « Divers points de lois pour les familles guerrières » est une collection d’édits promulguée de 1615 à 1710 par le shogunat Tokugawa. Ce code de vie a emprunté au bouddhisme l’endurance stoïque, le respect du danger et de la mort ; au shintoïsme, le culte religieux de la Patrie et de l’Empereur ; au confucianisme, une certaine culture littéraire et artistique ainsi que la morale sociale des « relations » : parents-enfants, maître et serviteur, époux, frères, amis. On en tire 7 vertus:

  • Droiture (Giparfois aussi traduit par « rectitude » ou « rigueur »)
  • Courage ()
  • Bienveillance (Jinparfois aussi traduit par « grandeur d’âme », « compassion » ou « générosité »)
  • Politesse (Reicorrespondant à l’étiquette apparut en France à la même époque ou d’une manière plus générale, le respect)
  • Sincérité (Makotoou « honnêteté »)
  • Honneur (名誉Meiyō)
  • Loyauté (忠義Chūgi)

Vous comprendrez que de respecter le Bushido pour combattre les Mongols ne sera pas suffisant et Jin devra faire preuve de furtivité, d’assassinat, d’empoisonnement… et sera confronté à un conflit intérieur tout au long de son histoire allant jusqu’à détériorer sa relation avec son oncle. Sucker Punch a vraiment mis un soin particulier sur la narration de Ghost of Tsushima incluant tous les ingrédients qui ont fait le succès des films d’Akira Kurosawa. Ce titre est une véritable ode à la culture japonaise malgré les quelques libertés historiques qu’a pu prendre le studio, cela ne gâchant en rien l’expérience de jeu.

 

 

Vois ce qui t’observe, là, sous le linceul doré, retrouve les pertes.

 

Plus que de suivre l’histoire et la résolution des quêtes, Ghost of Tsushima invite à la contemplation. La variété de la nature présente fait rêver, les bois d’érables qui rougeoient à l’automne, les bois de bambous qui entourent les lacs brumeux, les magnifiques cascades qui surplombent la mer ou des jardins cachés, la montagne du nord et son air glacial que l’on ressent… Tout est tellement bien modélisé que l’on s’y perd à voyager sans but, seulement à découvrir de nouvelles contrées. D’ailleurs, nous avons à notre disposition un excellent mode photo très complet qui se déclenche en un instant (un peu trop même) sur la simple pression d’un bouton. On peut même faire des petites séquences de travelling avec de la musique et tout. Pour accentuer le réalisme et la beauté, Sucker Punch a travaillé sur les particules environnantes. On y retrouve des feuilles, des fleurs, des lucioles, de la poussière, des flocons de neige, des cendres… en mouvement, mais aussi un climat changeant qui passe du beau fixe à l’averse ou la tempête. D’ailleurs dans Ghost of Tsushima, notre HUD est très minimaliste pour renforcer l’immersion, et ainsi pas de mini-carte ou de flèches directives à l’écran pour nous diriger, mais seulement un petit mouvement sur le pad tactile pour suivre le vent vers votre objectif. Je trouve cette idée de suivre le vent excellente, car non seulement elle reflète bien la contemplation philosophique à la japonaise, mais permet aussi une totale immersion n’ayant aucun artifice à l’écran qui nous sortirait de l’univers. 

 

 

Pour accentuer également l’immersion, Sucker Punch a intégré des endroits stratégiques totalement intégrants dans la culture du Japon Féodal, avec une part de réalisme, mais aussi de mysticisme. Ces lieux sont tout aussi admirables par leur beauté, qu’utiles à Jin dans son renforcement.

  • Les Haikus: plusieurs lieux sont favorables pour composer des « Haikus » (poème japonais court sur une réflexion). Ces lieux vont inspirer Jin sur un sujet de réflexion par rapport à l’environnement et vous rapporter suivant vos choix de vers un bandeau qui sera le reflet de vos réponses.
  • Les Onsens: ces bains chauds naturels qui sont un véritable havre de paix, vous permettront de vous ressourcer moralement et physiquement puisqu’au final de cet intermède votre barre de vie augmentera.
  • Les sanctuaires Shinto: véritables œuvres d’art en soi ces sanctuaires très peu accessibles de façon réglementaire. Vous pourrez, une fois atteint et hommage rendu avoir une récompense pour vos efforts, un charme majeur qui augmentera vos capacités et en amenera d’autres. Même si le fait de crapahuter est amusant il y a parfois des bugs de collision, où votre personnage tombera alors qu’il est sur la branche ou la roche à attraper.
  • Les autels d’Inari: ce sont des autels consacrés au dieu Inari. Les renards (Kitsune) sont souvent considérés comme des messagers de ce dieu (divinité populaire auprès des sanctuaires et des temples bouddhistes répartis dans presque tout le Japon). Initialement le kami shinto des céréales, puis des fonderies et du commerce, ainsi que le gardien des maisons (yashikigami). Ainsi, si vous trouvez un terrier de renard celui-ci vous indiquera le chemin vers un de ces autels et vous pourrez également le caresser, moment très poétique.

J’allais presque oublier la modélisation des visages extrêmement réaliste, toutes les expressions faciales y passent dans les traits et le regard (la joie, la tristesse, la mélancolie, la colère…). Je n’ai pas été happé par un visage depuis Detroit. Cela renforce le côté mélodramatique de l’histoire que l’on retrouve également dans les films de Kurosawa.

 

 

Purs d’âme et de coeur, les guerriers tombent, puis renaissent, nés des profondeurs.

 

 

J’ai longtemps consacré une partie de ma vie à parfaire ma pratique du Kenjutsu et ainsi je ne peux être que très critique sur la retranscription de cet art dans Ghost of Tsushima. Et encore une fois j’applaudis Sucker Punch qui a su fidéliser au maximum les mouvements au katana. Outre les principales postures (pierre, eau, vent et lune), que vous pourrez changer à tout moment en plein combat suivant votre type d’adversaire, les estocs et autres parades sont d’un remarquable réalisme. Au fil des quêtes principales et secondaires, vous allez augmenter votre légende et ainsi obtenir des points de compétences qui vous serviront à débloquer des nouvelles techniques. Certaines quêtes spécifiques vont vous permettre de débloquer des armes secondaires, mais aussi des armes et armures légendaires. Votre technique du sabre peut aussi se parfaire à des endroits où l’on coupe du bambou en combinant rapidement les touches demandées à l’écran pour couper consécutivement 3, 5 et 7 bambous. Cet exercice permettra de remporter des « points de détermination » très utiles en combat puisque c’est votre jauge pour les techniques spéciales, mais aussi pour restaurer votre barre de vie. Le gameplay est très carré et sans aucune latence, la moindre erreur ne pardonne pas, mais la prise en main est très rapide: L1 pour parer, carré pour une attaque « normale », Triangle pour une attaque « puissante », Rond pour esquiver, X pour sauter et R1 pour les armes secondaires. Les parades ultimes (au moment où l’adversaire s’apprête à frapper), déstabilisent votre ennemi et vous donne une fraction de seconde de plus pour contre- attaquer, bénéfique lorsque vous êtes encerclé par plusieurs adversaires.

 

 

En dehors du combat et des quêtes principales, vous aurez des quêtes secondaires à accomplir et qui sont fortement conseillées pour la progression de votre personnage. Seulement la variété de leur objectif est loin d’être originale même si une envie de mini-scénario se fait sentir sans être abouti. Ainsi, cela se résumera à sauver des otages, décimer des camps mongols, pister des bandits. Néanmoins, on peut saluer Sucker Punch pour le souci de la mise en scène et le réel hommage aux films de Kurosawa, car vous serez amené à faire des duels (contre les personnages les plus emblématiques de l’histoire). Les cut-scenes post combat donne un énorme ressentiment de tension ambiante comme cela pourrait l’être dans la réalité. C’est aussi le cas lorsque vous défiez un groupe d’ennemis où vous pourrez être confronté au plus talentueux d’entre eux et d’un coup d’épée rapide le mettre à terre et prendre l’avantage sur vos opposants jusqu’à les effrayer.

 

 

Il existe également au sein du jeu, un système de chasse qui sert seulement à des fins cosmétiques et augmentation des quantités des armes secondaires (flèches, kunais…), mais aussi un système de récolte pour augmenter l’efficacité de vos armes principales (arcs, katana et tento). Le syndrome de la collectionnite n’est pas exclu, car sur la carte entière, on peut se mettre à la recherche de témoignages et d’artefacts mongols qui ne servent strictement à rien mis à part la gloire de les avoir réunis (sans trophée lié). Malgré tous les détails dans le gameplay et le réalisme du Kenjutsu dans le jeu, je regrette que Sucker Punch n’ait pas pensé à y inclure les différents types de katana à savoir le Wakisashi (katana court) et le Nodashi (katana long) avec les techniques qui vont de paire. Mais bon, on ne peut pas tout avoir et c’est peut-être un peu de matière pour le suivant.

Conclusion

Malgré un manque de variété dans les quêtes secondaires et les problèmes de collision, Ghost of Tsushima est un excellent titre qui est une véritable beauté graphique, une ode à la culture et aux traditions japonaises. L’histoire est très intéressante, digne des films d’Akira Kurosawa et le réalisme des combats pourra séduire tout amoureux du Japon féodal.

 

Test réalisé par Dageta sur PS4

 

Dageta
Dageta

Dageta est une fusion ratée qui n’a pas été prise au casting Dragon Ball Z. Il sombre dans les marécages de la mélancolie et noie son chagrin dans les jeux vidéo où il parfaire son skill dans le versus fighting et le shoot’m up ! Avec le temps, sa collection grossit à vue d’œil et sa soif de culture n’est qu’exponentielle. Pupille au sein de l’association MO5.com, il rejoint les rangs de Shainiiigaming pour prêcher la passion et la préservation du patrimoine vidéoludique.

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