Entretien avec la Noctambule

 

 

Bien, il était temps de se repencher sur la partie cosplay du monde geek et pour cela quoi de mieux que demander directement aux créateurs de nous parler de ce milieu. Oui mais voilà, dans la création d’un costume on a tendance à oublier les « pièces détachées » qui ont permis cet aboutissement. Ainsi donc, pour les costumiers en herbe que vous êtes, mettons en lumière les artisans chez lesquels pour pourrez trouver la pièce ou les éléments qui iront compléter l’univers de votre tenue.

Et pour inaugurer cette série, je vous propose une entrevue avec une tisserande qui mérite beaucoup plus de visibilité : la Noctambule.

 

 

Pourquoi être devenue tisserande ? Comment as-tu découvert cette voie et qu’est-ce qui t’as poussé à la poursuivre ?

Je faisais partie de ces enfants qui dès qu’ils voient un château, que ce soit une bâtisse monumentale ou une ruine, veulent aller voir à tout prix. Je me suis familiarisée à l’artisanat, aux fêtes médiévales, puis j’ai découvert il y a quelques années l’univers de la reconstitution historique. Parmi la multitude de métiers anciens, je me suis intéressée au tissage grâce à de belles rencontres. Après je crois que c’est une forme de passion qui s’est installée…

 

Y a-t-il une formation à suivre ?

Pour le tissage aux cartes spécifiquement, pas à ma connaissance, du moins pas de formations professionnelles ou qualifiantes. En revanche, certains tisserands proposent des stages pour découvrir la technique ou pour se perfectionner. Pour le tissage traditionnel, là il existe des formations, j’en ai d’ailleurs suivi quelques-unes proposées par le centre de formation Lainamac.

 

 

Quels étaient tes objectifs lorsque tu as commencé ton activité ? Ont-ils évolué depuis ?

Au tout début, ce n’était que de la curiosité. Je découvrais la technique de manière autodidacte, en parallèle de mes études. Une fois diplômée, j’ai commencé à y consacrer plus de temps et c’est là qu’effectivement les objectifs se sont précisés. J’ai cherché à créer de nouveaux dessins, je me suis posé des questions quant à la traçabilité des matières premières, j’ai peaufiné mon travail de la couleur… Ce sont des choses qui évoluent encore aujourd’hui.

 

Les avantages et les inconvénients de ce travail ?

Je ne suis pas aussi tranchée sur la question, étant donné que l’un ne va pas sans l’autre. Par exemple, la liberté  de l’emploi du temps. Je suis en quelque sorte ma propre patronne (même si ça me fait vraiment bizarre de me dire ça !) donc j’organise mon temps de travail comme je veux, c’est bien oui, mais ça nécessite une certaine vigilance par rapport au nombre d’heures et à l’organisation en général.

 

Quels sont les choix de matières premières, et pourquoi ces choix-là ?

Tout d’abord, des matières naturelles. Que ce soit pour de la fibre animale ou végétale, je cherche à pouvoir garantir une traçabilité des matières que je vais travailler. Pour la laine par exemple, mon choix se portera sur les plus locales. J’essaie aussi de privilégier des teintures respectueuses de l’environnement.

 

 

Quelles sont tes inspirations ?

Vaste question car elles sont nombreuses ! Je dirais que ça va de l’enluminure colorée trouvée dans un manuscrit, au paysage photographié lors de la dernière escapade, en passant par les petites choses du quotidien, un rayon de lumière sur une texture, des nuages effilochés entre les montagnes, les feuilles des arbres à l’automne…

 

Quels types de pièces produis-tu ?

Je tisse principalement de la petite largeur, ce qu’on appelle du galon. Ce type de tissu très solide, proposé au mètre, a de nombreuses utilisations : ceintures, décoration de vêtements, anses de sacs, porte-clés, sangles d’appareil photo ou de guitare, embrasses de rideaux, bordure de luminaire… Je fabrique également du lacet, des atebas  et du tissu plus large, le plus souvent sur commande.

 

Des pièces ou méthodes que tu voudrais essayer ?

Il y a quelques temps j’ai commencé à explorer le tartan (ces fameuses étoffes colorées à carreaux, utilisées entre autres pour les kilts). J’ai tissé quelques petites pièces mais j’aimerais pouvoir en tisser de plus grands métrages. Ensuite, c’est bien beau de dessiner plein de motifs de galons, mais après il faut les tester, donc pas de soucis, j’ai de quoi faire.

 

Quelles sont les différentes étapes de l’idée à la concrétisation d’une pièce ?

L’étincelle de l’inspiration. Non je rigole (quoique). Mais souvent, hors commandes, quand je suis dans la création pure, ça peut partir de pas grand-chose, parfois une harmonie de couleurs, ou deux laines assorties. Je passe par l’étape du dessin, je mets à plat les idées de motifs, j’essaie d’assembler des teintes. Une fois que ça marche, je code mon dessin pour pouvoir l’utiliser à l’étape d’après, la préparation des fils. À ce moment-là seulement, la pièce se concrétise. Après ce sont les étapes techniques, propres au tissage, avant de passer aux finitions.

 

 

Combien de temps prend la création d’une pièce ?

Meh. Si le mot « irrépondable » existait, je l’emploierais. En fait c’est tellement variable que je n’ai même pas de moyenne en tête. Beaucoup de paramètres sont à prendre en compte, la complexité du dessin, le nombre de fils et le métrage à produire, la facilité, ou non, à travailler certaines fibres, parfois même le temps qu’il fait pourra influencer !

 

Des créations marquantes ? Tes préférées, celles qui ont demandé le plus de travail ou les plus insolites par exemple.

Création marquante je dirais mon premier essai d’entrelacs. C’est un motif que j’ai longtemps voulu faire sans me lancer, alors quand je l’ai réussi j’étais vraiment contente. Ensuite je dirais création ambitieuse, quand j’ai cherché à assembler deux techniques de tissage différentes en une seule pièce, c’était technique mais j’aime beaucoup le rendu. Ah si, j’ai de l’insolite : j’ai tissé du lichen et des graminées !

 

 

Quelles sont tes limites éthiques ?

Je ne sais pas si j’appellerais ça des limites, mais je défends certaines valeurs. Concernant les matières par exemple, je ne souhaite pas travailler de matières synthétiques, du moins pour les créations que je propose. J’attache une importance à la provenance de ces matières premières, je serais embêtée de travailler une fibre qui aurait parcouru la moitié du globe si je ne trouve pas ça justifié. Je cherche à fabriquer des pièces durables et dans la mesure du possible, respectueuses de l’environnement.

 

On considère les métiers à tisser avec mécanique Jacquard comme étant les ancêtres du langage binaire, et par extension de l’informatique moderne, est-ce que ça fait un effet particulier de faire un métier qui a eu autant de portée ?

À vrai dire, j’ai commencé mon immersion dans le monde du tissage au cœur d’anciens ateliers de canuts à Lyon. En étant guide et animatrice bénévole dans les ateliers de Soierie Vivante, j’ai eu le privilège de faire des démonstrations sur des métiers équipés de mécaniques Jacquard, puis un peu plus tard dans la manufacture de soierie Prelle, de m’essayer au tissage sur métier à bras. La technique que j’utilise pour tisser mes galons fonctionne grâce à des cartes perforées, elles-mêmes, d’une certaine façon, ancêtres des cartons perforés lus par la mécanique. Autant dire que l’aspect historique est toujours très présent dans mon travail, je suis particulièrement contente de pouvoir mettre en valeur un savoir-faire ancestral.

 

 

Voudrais-tu transmettre ton savoir-faire à l’avenir ?

J’allais justement l’évoquer à la précédente question. Du coup la réponse est oui. Pour moi, un savoir-faire manuel, c’est fait pour être transmis. La technique, la précision d’un geste, la connaissance des matières, la passion souvent, sont des choses qu’il ne faut pas perdre. Combien de métiers sont à la limite de tomber dans l’oubli faute de transmission… Dans un premier temps, l’idée sera donc de partager mon travail, par une visibilité, des démonstrations, mais aussi par des ateliers de découverte et d’initiation à la technique.

 

Quelles sont les différentes façons de se procurer tes créations ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que je n’ai pas un stock très conséquent. D’une part, parce que ce sont des pièces uniques souvent longues à produire, d’autre part, parce que je préfère travailler sur mesure pour être au plus près des envies et des besoins de chacun. Pour les univers de la reconstitution historique, du GN ou du cosplay par exemple, une sélection de pièces est disponible dans ma boutique Etsy :www.etsy.com/fr/shop/EchoppeLaNoctambuleMais la majeure partie de mon travail est à suivre via ma page Facebook www.facebook.com/EchoppeDeLaNoctambule et je suis joignable par Messenger pour toute question à propos de créations publiées. Enfin, il est possible de me contacter par mail pour toute demande d’informations, commandes ou devis echoppe.noctambule@gmail.com.

Sur ce, vous avez toutes les infos, il ne vous reste plus qu’à y jeter un œil, ou même les deux.

 

 VHDProd pour Shainiiigaming

Vincent
Vincent

Métalleux, barbu, rédacteur à temps perdu.

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