TEST : Detroit : Become Human

Date de Sortie : 25/05/2018

Disponible sur : PS4

Profondément sensible à Blade Runner, l’œuvre de Ridley Scott, atteint par les textes accompagnant les riffs endiablés du groupe de Métal industriel américain Fear Factory qui traite du soulèvement des machines, impressionné par le développement de Skynet et ses fameux Terminators, j’ai toujours été attiré par la robotique, mais surtout dans l’utopie d’une cohésion et une connexion unique des humains et des machines dans l’internet comme pourrait le voir Masamune Shirow dans Ghost in the Shell ou Yukito Kishiro dans Gunnm. Alors lorsque mes yeux sont tombés sur le trailer du dernier titre de David Cage et son équipe, j’ai tout de suite été séduit par le sujet évoqué et la promesse de l’impact décisionnel sur la narration. Detroit : Become Human remplit-il tous ses objectifs ? Les 4 ans de développement de Quantic Dream sur ce nouveau titre prometteur sont-ils justifiés ?

      

« Quelle expérience de vivre dans la peur ! Voilà ce que c’est que d’être un esclave.»

Je contemple la jaquette, j’ouvre la boite et j’insère le disque dans la PS4. Après l’habituel texte préventif, je découvre un visage d’une ravissante jeune femme qui m’est familière. Évidemment puisque c’est l’actrice Gabrielle Hersh qui jouait également Kirsten dans Beyond : Two Souls.

« Bonjour ! L’expérience Detroit vous souhaite la bienvenue. Je suis l’hôtesse androïde qui vous guidera. Avant de commencer, vérifions quelques réglages pour optimiser votre expérience. » Dit-elle en s’adressant directement à moi, le joueur.

D’office le ton est donné, Quantic Dream brise le 4e mur pour impliquer directement le joueur dans l’aventure et c’est d’autant plus intéressant, car le jeu va vous faire jouer 3 androïdes dans différentes situations avec chacun leur caractère et c’est votre intuition et votre sensibilité qui vont changer leur avenir tout au long du jeu. Nous avons Connor qui est un prototype RK-800 conçu pour aider les policiers à élucider des enquêtes impliquant des « androïdes déviants ». Kara, un modèle AX-400 conçu pour faire les tâches ménagères et s’occuper des enfants. Et enfin, Markus, un RK-200 aide-soignant qui est au chevet d’un artiste peintre Carl Manfred très malade. L’équipe de David Cage a eu l’habilité de rythmer le récit en oscillant parmi les protagonistes à travers les chapitres, ce qui permet de casser la monotonie qui aurait pu s’instaurer dans ce type de jeu, mais aussi de garder le joueur en haleine.

     

La personnalité de vos androïdes peut prendre une autre tournure en fonction de vos choix, Connor peut devenir impartial face à ses semblables ou un doute peut s’installer dans son esprit altérant son jugement lors des enquêtes. Suivant votre orientation morale, Hank Anderson, le policier humain que seconde Connor sera également influencé par vos choix impactant sur leur relation mutuelle. Markus baigné dans le milieu de l’art aura appris à se définir une identité qui va le tirailler profondément dans ses choix laissant place à votre attachement du personnage pour choisir son orientation morale. Pour Kara, le concept de fuite donnera au personnage une flexibilité plus étroite et à la différence des 2 autres personnages, vos choix impliqueront l’ambiguïté entre la survie et l’éthique civique. Les différences suivant les chemins empruntés en fonction de votre éthique rendent Detroit : Become Human, d’un point de vue dramatique, si prenant que parfois vous recommencerez le chapitre de rage, car le QTE ou la décision prise n’était pas ce que vous espériez.

     

« Plus humain que l’humain est notre devise. »

L’erreur est tangible, car rien n’est pris au hasard et tout est à construire. C’était exactement mon état d’esprit lorsque j’ai découvert à la fin du premier chapitre le grafcet décisionnel de celui-ci. Malgré l’épine dorsale scénaristique, on se rend compte du travail formidable qu’a pu accomplir l’équipe de David Cage. On reconnait les séquences qui ont une implication directe avec les prochains chapitres symbolisés par un petit cadenas ouvert ou fermé suivant si vous avez pu ou non débloquer cette séquence. Les autres n’ayant pas de cadenas ne sont pas inutiles pour autant, car elles sont étroitement liées avec la personnalité de l’androïde joué. Le fait de découvrir ces timelines décisionnelles renforce l’implication du joueur, mais donne aussi la possibilité de pouvoir confronter votre parcours avec les autres joueurs du monde par l’affichage du pourcentage de chaque séquence débloquée. Néanmoins malgré cette multitude d’embranchements, l’écriture complexe du scénario et l’énorme effort de cohérence que cela demande ne sont pas à l’abri de petites erreurs semées par-ci par-là dans ce continuum scénaristique. Ces failles décelables ne sont pas suffisamment importantes pour gâcher l’expérience ludique du joueur. Il y a énormément de temps forts émotionnellement pour garder le joueur investi et des enjeux suffisamment élevés pour faire abstraction de ces petits travers.

Grâce à la technologie de Performance-capture déjà visible dans les succès précédents de Quantic Dream et combinée au jeu remarquable des acteurs, Detroit : Become Human dispose d’un degré de détails sans précédent ! On peut voir un rendu de peau époustouflant, avec les imperfections du grain de peau, la pilosité, les taches de rousseurs, les cicatrices, etc. J’ai joué en PS4 classique, donc avec un rendu en 1080p, mais j’ose imaginer le degré de précision en 4K. Le choix d’un univers utopique de la ville de Detroit, symbole de l’industrie automobile, est judicieux et emblématique dans le sens où le futur inclut la création de l’androïde par Cyberlife. Ainsi, Quantic Dream a voulu souligner la place de l’androïde dans la vie de l’homme comme pourrait l’être un smartphone ou une voiture. Non seulement d’être un produit de luxe, l’androïde est aussi sujet à la ségrégation. Ainsi, on pourra voir des manifestants devant les magasins de Cyberlife revendiquant le fait d’avoir été remplacés par un androïde, des artistes de rue qui précisent de faire de la « musique humaine », des parcs à rechargement pour androïdes, des établissements publics qui refusent tout robot, des emplacements spéciaux dans les bus… Tout est modélisé pour rendre crédible ce futur.

     

« Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. »

Pour être un habitué des titres de Quantic Dream, on ne va pas s’attendre à autre chose que des QTE. Certains peuvent encore huer le studio pour ce choix, mais il serait vraiment difficile de faire autrement pour impliquer le joueur dans l’action. L’équipe de David Cage a quand même essayé de varier le gameplay avec des mouvements de sticks, de swipes sur le pad tactile et même l’utilisation du gyroscope de la manette pour symboliser des sauts ou des mouvements d’esquive. Les moments de décisions cruciaux ainsi que les phases de combats sont timés. Au début du jeu on vous demande votre niveau, je n’ai pas choisi le mode débutant, mais je suppose que la différence se situe au temps de la fenêtre d’exécution du mouvement. À tout moment, le joueur peut mettre en pause son environnement pour visualiser ses objectifs ou déceler les différentes possibilités de décision. Ce mode est par exemple très utile à Connor pour relever des indices sur une scène de crime et comme pour les Batman de Rocksteady reconstituer ce qu’il a bien pu se passer en séquence Rewind ou Forward. Ce mode permet aussi de faire des simulations pour choisir le meilleur moyen de contourner un obstacle, désactiver un drone ou mettre hors d’état des gardes. Le système de combat reste assez simple par le biais du QTE timer, le fait de rater des mouvements n’est pas complètement handicapant et agit bien évidemment sur l’issue du combat, mais avec quelques variantes à défaut d’être strictement binaire. La grande qualité de Detroit : Become Human reste, vous vous en doutez, d’avoir une énorme rejouabilité, car après une partie, il y a encore énormément de possibilités et d’embranchements pour revivre l’histoire d’une approche complètement différente sans pour autant être dépourvue de surprises.

     

En Conclusion

Quantic Dream a vraiment concrétisé ce que David Cage avait dans l’optique d’offrir au jeu vidéo, un titre fort et intense en émotion, mais aussi un jeu où chaque décision du joueur va avoir un réel impact sur le devenir de l’histoire. L’implication du joueur est telle que s’instaure une certaine alchimie et une empathie entre lui et les 3 protagonistes à différent niveau suivant sa sensibilité. Pour moi, c’est bien plus qu’un jeu c’est un simulateur d’émotion. Merci David Cage

 

Test réalisé sur la version PS4 par DAGETA